En réalité, personne ne connaît le nombre exact de ceux qui ont quitté le Tibet. Des centaines ou même des milliers d’enfants ne sont pas, en effet, parvenus en Inde. Il y a ceux qui sont morts de faim, de froid, d’épuisement. Puis, ceux qui ont été arrêtés par les policiers chinois ou népalais et emprisonnés, et encore ceux retenus comme domestiques dans des familles népalaises une fois la frontière franchie (voir chapitre 4).
Parmi tous les réfugiés, les enfants sont les plus vulnérables et courent les plus grands risques de mourir dans leur quête de liberté. Certains n’ont même pas atteint l’âge de 4 ans.
Nous ne pouvons donc que deviner combien sont morts en chemin. Il est encore heureux que l’adage qui veut que, pour un qui réussit, deux y laissent la vie, (Sofia STRIL-REVER, Enfants du Tibet, p. 148) soit fortement exagéré. (p. 27)
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Même les enfants sont envoyés en prison.
‘C’est à ma deuxième tentative que j’ai réussi à rejoindre le Centre d’Accueil de Katmandou. Lors de ma première tentative, je faisais partie d’un groupe de 18 personnes. Nous avons été arrêtés par la police népalaise qui nous a livrés aux Chinois. On nous a envoyés à la prison de Shigatsé pour quatre mois. J’y étais en compagnie de mon frère. Notre oncle est venu payer 5.000 Yuans pour nous libérer. La police a battu et torturé tous les membres de notre groupe, sauf moi, car j’étais le plus jeune.’ (Dhundup, aujourd’hui âgé de 15 ans) (Cahier de notes du 26 septembre 2005 de Yangchen au Centre d’Accueil de Katmandou) (p. 35)
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‘Je faisais partie d’un assez grand groupe. A un certain moment, nous avons dû marcher dans la neige. Elle m’arrivait à la hanche et notre guide nous conseilla de revenir en arrière. Tout le monde fit demi-tour, sauf cinq d’entre nous, car nous ne voulions pas reculer. Nous avons marché pendant quatre jours dans la neige, puis il nous fallut encore 11 jours pour arriver ici. J’ai eu beaucoup de chance, car je ne souffre que de blessures superficielles. Je dois prendre des antibiotiques et on vient laver mes blessures chaque jour. Une femme est à présent hospitalisée. Elle était en très mauvais état. On a dû lui amputer les deux pieds.’ (p. 41)
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Finalement, j’ai été relâchée. En tout, j’ai passé deux mois et demi en prison. En fait, je me suis enfuie en octobre 2002 pour finalement arriver au Centre d’Accueil en février 2003.
Alors que j’étais en prison, je priais pour que personne ne doive faire la même expérience et j’avais une pensée toute particulière pour le Panchen-Lama qui est en prison depuis 10 ans maintenant. Certains réfugiés ont beaucoup de chance et arrivent sans encombre. Moi, j’ai passé des moments très pénibles et je suis même tombée malade par après. On a diagnostiqué la tuberculose. Mais le plus triste dans tout ceci, c’est qu’on m’a pris toutes les photos de ma famille et de ma meilleure amie.’ (p. 66)
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Comme la plupart des entrevues avaient lieu dans le jardin de la clinique du Centre d’Accueil à Katmandou, les patients finirent par bien me connaître. Au bout d’un moment, certains enfants se mirent même à m’appeler ‘ama’, maman. ‘Tu es comme notre maman, parce que nous n’avons plus de maman’, me dit l’un d’entre eux. Une petite fille de huit ans, que j’avais rencontrée à différentes reprises pendant le Kalachakra, se cramponnait à moi chaque fois qu’elle me voyait et ne voulait plus me lâcher. Ceci me surprit, n’ayant jamais passé beaucoup de temps avec elle. Plus tard, j’ai appris que sa maman allait retourner au Tibet après l’avoir confiée à l’école du Village d’Enfants tibétains (VET). Elle avait senti que la séparation d’avec sa maman était proche et, instinctivement, avait recherché de l’affection auprès d’une autre ‘ama’. J’ai constaté les mêmes marques d’affection à Dharamsala, à l’occasion d’une rencontre avec des jeunes du Centre d’Accueil de Katmandou. L’un d’entre eux sauta sur mes genoux et me serra affectueusement dans ses bras. (p. 124)